Les trafiquants de données

Les GAFA ne cherchent plus seulement à capter et à monétiser nos données, mais à prédire et influencer nos comportements : en cliquant sur une publicité ou en likant un contenu, nous nourrissons  les algorithmes de Google ou Facebook qui les transforment en prédictions comportementales monnayables. Avec pour résultat une division de la société deux classes : ceux qui regardent, très peu nombreux, et ceux qui sont regardés, la majorité d’entre nous. Voilà ce que défend l’universitaire américaine Shoshana Zuboff, professeure émérite à la Harvard Business School, dans un essai cinglant “L’Âge du capitalisme de surveillance” à paraître chez Zulma.

Le rêve initial de la société digitale, celui du partage des données pour le bénéfice de tous, s’est transformé en cauchemar pour la démocratie. Selon Shoshana Zuboff, il y a là une nouvelle forme de capitalisme, sans le partage mutuellement bénéfique de la valeur ajoutée, au moins sur le principe, du capitalisme à l’ancienne. Car si la division du travail organisait la société industrielle, la division du savoir organise aujourd’hui la société numérique et le capitalisme de surveillance rafle la mise : Zuboff compare les consommateurs et leurs données à des éléphants dont les défenses en ivoire sont convoitées par des braconniers : selon le fameux adage « si vous ne payez pas c’est vous le produit », sauf que, conclut Zuboff, « vous n’êtes même pas le produit, juste la carcasse abandonnée ». Son essai, plutôt radical, The Age of Surveillance Capitalism: The Fight for a Human Future at the New Frontier of Power) a été salué dans le monde anglo-saxon comme la première mise à nue d’une nouvelle ère du capitalisme.  À lire pour comprendre comment on passe de l’utopie à la dystopie. Et comment on peut s’y opposer.