Chine-Usa, le match des écosystèmes autour de l’IA

Selon Macropolo, lien , Think Tank de Chicago consacré au décodage de l’économie chinoise, la comparaison des ecosystèmes chinois et américains concernant les recherches sur l’Intelligence Artificielle tournerait plutôt à l’avantage  des américains. Même si  l’afflux de données donnerait plutôt l’avantage à l’Empire du Milieu (1,4 milliards de connectés 24h sur 24 et 7 jours sur 7), la qualité et la diversité des datas, ferait, affirme le rapport, pencher la balance  côté Etas-Unis.  Est-ce si évident ? Pas si sûr, explique Marylaure Bloch, assistante à l’unité des études chinoises de l’Université de Genève.

 Le rapport de Macropolo base son analyse sur cinq critères de comparaison – Quantité, Profondeur, Qualité, Diversité, Accès -. Pour le résumer rapidement, il donne l’avantage aux Etats-Unis pour la diversité et la qualité des datas recueillies. La supériorité en terme de diversité n’est pourtant pas si évidente.

Il est vrai que Facebook, par exemple, avec ses 2,3 milliards d’inscrits, opère dans de nombreux pays, alors que son équivalent chinois WeChat (1,1 milliard d’utilisateurs) opère majoritairement sur son marché national et fonctionne un peu comme un écosystème parallèle au paysage socio-technologique global. Mais manque-t-il de diversité pour autant ? De nombreux émigrés gardent un lien fort avec leur pays d’origine et WeChat possède probablement une dispersion internationale semblable à Facebook, malgré son nombre d’utilisateurs inférieurs. Sans compter que la place croissante des voyageurs chinois dans le tourisme mondial contribue à la diversité géographique de WeChat. 

Ensuite, et surtout, la diversité en matière d’âge et surtout d’intégration d’activités possibles et imaginables est un facteur qui joue indéniablement en faveur de WeChat. En moyenne, un utilisateur Facebook passe 6h45 par mois sur l’application contre 1h05 par jour pour l’utilisateur WeChat. Tout ce que Facebook propose aujourd’hui, de sa propre monnaie à sa place du marché, WeChat le fait depuis longtemps : rendez-vous de médecin, investissements, emprunt bancaire, taxi, taxation, consommation, documents légaux et même mariage… la vie au quotidien est médiée par WeChat qui est utilisé par 98,5% des chinois de 50 à 80 ans !   

En somme,  l’argument de la diversité utilisé dans le rapport semble surplomber tous les autres, alors qu’il n’est qu’un facteur parmi d’autres et mériterait d’être pondéré. Après tout, la « menace du stéréotype » et le manque d’intégration de genres, d’ethniques et de milieux socioculturels différents ne sont pas étrangers au modèle américain. En République Populaire Chinoise, on ne parle peut-être pas souvent des statistiques de l’emploi dans le secteur technologique, mais on met en avant des modèles d’immigrés revenus des États-Unis, de femmes entrepreneurs, ou encore de paysans qui informatisent leurs exploitations. Le rêve chinois semble plus diversifié que le rêve américain, du moins si l’on ambitionne une carrière dans l’IT…

 Marylaure Bloch

 

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